Billet Eco 19 : L’éducation est-elle la clé de demain ?

Comment former à moins de conformité ?
Billet Eco publié dans Monaco Business News 63 (juin 2018)

Our World In Data

"Si le futur était prédit par la réussite scolaire seulement, alors le monde serait une matriarchie"
Susan Pinker

La mode est à l’éducation. Le futur qui s’annonce est imprévisible et personne ne peut deviner quels seront les impacts du développement de l’intelligence artificielle sur l’emploi, aussi les politiciens comme les entrepreneurs comptent sur le système éducatif pour préparer des humains compétents et adaptables, qui ne seront pas largués par le progrès. Est-ce réaliste ?

Capitalisme cognitif

Nos Billets Eco se sont souvent intéressés à l’importance du "Capitalisme cognitif" : la constatation que la réussite économique d’un pays dépend encore plus du niveau cognitif de ses habitants que de son degré de liberté économique. Par exemple :

  • le Billet Eco 1 (octobre 2013) avait présenté les effets positifs de superlinéarité permis par la concentration de personnes à haut niveau cognitif,
  • le Billet Eco 5 (octobre 2014) avait expliqué comment la Principauté peut attirer ces personnes et ainsi assurer l’avenir du pays,
  • le Billet Eco 9 (octobre 2015) avait même insisté sur l’urgence de son développement face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle : "Tout se jouera ces toutes prochaines années : c’est parce que l’intelligence n’aura bientôt plus la même importance qu’elle est la plus nécessaire maintenant."

Les actions et les annonces du Gouvernement Princier montrent sa volonté de développer ce capitalisme cognitif à Monaco : le vote par le Conseil National de la Proposition de Loi sur la Blockchain en décembre, la création de l’incubateur MonacoTech, et la mission confiée au nouveau délégué interministériel chargé de la transition numérique, Frédéric Genta, vont dans ce sens. L’éducation pourra-t-elle aider ?

Le diplôme en tant que signal

Sur son blog Classe Eco, Alexandre Delaigue propose les deux choix suivants : 1) dans la jungle professionnelle, préférez-vous disposer du diplôme HEC sans avoir suivi aucun cours, ou avoir suivi tous les cours HEC sans jamais pouvoir vous en vanter ? et 2) abandonné dans la vraie jungle, préférez-vous avoir un diplôme de survie sans en avoir suivi aucun cours, ou alors avoir suivi les enseignements non sanctionnés par un diplôme ? Le fait que, comme beaucoup, vous avez probablement répondu différemment aux deux questions montre que, dans le monde professionnel contrairement au monde sauvage, vous accordez plus de valeur au signal que représente le diplôme qu’à son contenu.

Cela ne signifie pas que l’enseignement HEC n’aurait aucune valeur. Les chercheurs se sont intéressés à ce qui fait la fiabilité d’un signal, et Amotz Zahavi (déjà cité Billet Eco 15) avait développé la Théorie du Handicap : quand un signal est "coûteux", c’est-à-dire très difficile à montrer voire présentant un risque mortel, alors il est fiable, on peut avoir confiance. Les difficultés d’obtention d’un diplôme HEC suffisent à en faire un signal fiable et c’est justement pour cela que vous l’avez choisi : c’est parce qu’il est normalement impossible de l’obtenir sans en avoir les compétences que vous avez (probablement) préféré dans la question ci-dessus l’option du signal.

Il reste cependant à déterminer de quoi un diplôme prestigieux est le signal fiable. La gazelle d’Amotz Zahavi qui fait des bonds en fuyant un lion prouve à tous ses congénères qu’elle a la forme physique suffisante pour se permettre des écarts (qu’elle se surestime, et elle sera mangée !). Mais que démontre un diplôme HEC, X, ou ENA ? Au-delà d’un réseau étoffé, ce qui est très important, les études ont montré que le diplôme sert surtout à prouver un niveau élevé sur trois critères : le QI, le caractère consciencieux, et la conformité.

Le QI

Les résultats scolaires sont fortement corrélés avec le QI (Quotient Intellectuel, une mesure de l’Intelligence Générale : voir encadré ci-joint), lui-même très marqué génétiquement, ce qui signifie qu’un diplôme est, entre autres, un test génétique. De nombreuses études l’ont montré, comme par exemple Smith-Woolley et al. (2018) qui ont trouvé que les différences de résultats entre les écoles sélectives et non sélectives en Angleterre s’expliquent par les différences génétiques entre les élèves (effets de la sélection), et pas par le type d’éducation.

Au global en Occident, si le Baccalauréat correspond à un QI moyen de 100 (88 si on tient à ce que 80% de la population l’obtienne), les plus hauts diplômés montrent un QI moyen de 145 (0,1% de la population). Avoir un diplôme supérieur dans une matière difficile est donc bien un signal assez fiable d’un haut niveau d’Intelligence Générale, et cela malgré la promotion d’autres critères de sélection (voir ci-après). Aussi de nombreux recruteurs, qui savent que le QI est le meilleur prédicteur d’efficacité professionnelle (Hunter & Hunter, 1984 ; Schmidt & Hunter, 1998) mais n’ont pas le droit de l’utiliser comme critère, se servent des diplômes comme de proxys du QI.

Le caractère consciencieux

Ce fort lien entre l’éducation et le QI, alors même que la première n’a aucun effet sur le second, déplait à beaucoup. Aussi a-t-il été décidé que le système éducatif sélectionne plus sur un autre critère essentiel : le caractère consciencieux, qui correspond à un des cinq facteurs du test de personnalité "Big Five" (modèle "OCEAN" ou "CANOE" : voir Lettre Neuromonaco 31).

Cette mise en avant semble logique : le caractère consciencieux est important pour la réussite et, même si ce point fait encore débat, beaucoup affirment qu’à partir d’un certain niveau, et sauf pour les métiers les plus demandeurs en puissance cognitive, le QI perd une grande partie de son importance au profit de la personnalité, dont surtout le caractère consciencieux. De fait, si vous recrutez 100 personnes montrant un haut niveau sur ce critère, vous aurez probablement une équipe beaucoup plus efficace que si vos 100 recrutés y sont faibles. Cependant le caractère consciencieux peut s’opposer au génie, au point que Dutton et al. (2014) l’avaient cité comme une des raisons expliquant pourquoi les Finlandais ont si peu de Prix Nobel malgré leur haut QI moyen et la qualité de leur système éducatif (tous deux les meilleurs en Europe).

Cette mise en avant s’est aussi accompagnée, sans que le sens de la causalité soit bien connu, d’une encore plus forte féminisation de l’éducation supérieure, où beaucoup voient un rejet des garçons. On constate en effet une forte différence sexuelle sur une des composantes du caractère consciencieux : le caractère ordonné ("Orderliness"), qui "reflète des traits liés au maintien de l’ordre et de l’organisation, incluant le perfectionnisme", est beaucoup plus fort chez les femmes et cela surtout aux âges scolaires, l’égalité ne se faisant qu’à l’âge de la retraite (Weisberg et al., 2011). En conséquence, les femmes dominent de plus en plus largement les études supérieures (Charlton, 2009). Ce n’est certes pas le cas dans les matières techniques et scientifiques (les "STEM") mais cela en grande partie pour des raisons de choix personnels : Stoet & Geary (2018) l’ont encore confirmé en trouvant une forte corrélation positive entre le Global Gender Gap Index (GGGI), qui mesure l’égalité entre les sexes au sein d’un pays, et la proportion d’hommes dans ces matières. C’est le "Paradoxe Norvégien" : plus les femmes sont libres de choisir, plus elles choisissent des métiers dits féminins. Au final, comme le remarque Susan Pinker (citation ci-dessus), la domination des femmes dans le système éducatif ne se retrouve pas dans le monde professionnel.

La conformité

Le caractère consciencieux s’accompagne de la conformité qui est une autre marque du système éducatif.

La conformité est une des plus grandes forces de la psychologie humaine (voir Lettre Neuromonaco 51), probablement parce qu’elle permet la synchronisation et donc le développement d’une culture, ce qui facilite la coopération entre personnes non apparentées. Sa puissance est redoutable : le Billet Eco 8 (juillet 2015) avait signalé que "plus les gens sont libres de faire ce qu’ils souhaitent, plus ils souhaitent faire exactement comme leurs voisins ; plus ils ont de choix de produits, plus ils choisissent les mêmes que les autres" au point que "se soumettre rend heureux" (Campbell-Meiklejohn et al., 2010).

Or, le système éducatif ne fait pas qu’enseigner des contenus, il impose aussi des orientations et des formes à cet enseignement et l’enfant qui ne parvient pas à s’y plier, quelles que soient ses capacités cognitives et son caractère conciencieux, en sera éjecté. L’impact peut être majeur : Rimfeld, Plomin et al. (2018) ont trouvé qu’en Estonie la génétique expliquait deux à trois fois moins la réussite personnelle à l’époque de l’URSS que maintenant, le régime socialiste sélectionnant alors sur la loyauté au Parti. Les élèves le savent et s’y adaptent autant qu’ils le peuvent, certains même très bien : une femme russe m’avait raconté qu’avant la chute de l’URSS, sa fille de 4 ans avait déjà compris que son discours devait changer selon l’orientation politique des personnes présentes (elle est maintenant diplômée de l’X).

Cette sélection contre les personnes brillantes mais non conformes n’est pas exclusive aux anciens régimes socialistes : les programmes actuels sont souvent dénoncés pour leur orientation marquée. Et même avant la propagande moderne, Jean-François Revel, reçu à l’Ecole Normale Supérieure en 1943, l’avait dénoncée : "J’ai vu nombre d’esprits sans relief, sinon sans mérite, y parvenir, tandis que certains élèves de khâgne, beaucoup plus intelligents et originaux, mordaient contre toute raison la poussière".

Mais, avec l’accélération des évolutions technologiques, cette imposition de la conformité apparaît de plus en plus contre-productive. L’intelligence artificielle pourra bientôt remplacer tous ceux qui sont suffisamment prévisibles : comme dans le jeu Tetris, ceux qui sont conformes disparaîtront. A l’opposé, ce sont maintenant les personnes non conformes qui inventent les produits et services qui vont dominer, et il a déjà été remarqué qu’une forte proportion des milliardaires des nouvelles technologies de la Silicon Valley, donc ceux qui sont le plus adaptés au monde technologique, ont suivi une méthode éducative non conforme (la Méthode Montessori). De plus, la conformité exclut de facto une fraction de la population, minuscule en nombre mais à l’influence déterminante : les "Aspies" (atteints du Syndrome d’Asperger, voir encadré) à Très Haut QI qui, grâce à leur mode de pensée différent (leur "Monde Intense"), sont à l’origine de beaucoup des découvertes et inventions majeures qui ont construit notre monde, mais sont encore considérés comme des handicapés.

A quoi sert l’éducation

En résumé, nous voyons donc que si le diplôme est un signal assez fiable du QI, qui est le facteur le plus influent sur la réussite économique, l’éducation n’augmente pas celui-ci mais impose la conformité, alors même que celle-ci s’oppose à ce dont le monde a de plus en plus besoin. Heureusement cette vision négative n’est pas complète.

Tout d’abord, la programmation même du cerveau humain, très dépendante de l’environnement, entraîne que l’éducation détermine en grande partie qui nous sommes et comment nous percevons le monde (exemple : l’apprentissage de la lecture détourne l’usage d’une zone du cerveau : Dehaene-Lambertz et al., 2018). L’influence des pairs sur la personnalité est estimée en moyenne à 40% de la variance, soit presque autant que celle de la génétique (50%) et largement plus que celle parentale (10%). Les études internationales ont montré des différences psychologiques importantes entre les personnes ayant suivi une éducation occidentale et celles ayant vécu dans d’autres cultures, au point que le terme "WEIRD" (Henrich et al., 2010), mot qui se traduit par "bizarre" mais est aussi l’acronyme en anglais de "Occidentalisé, Eduqué, Industrialisé, Riche et Démocratique", s’est imposé pour désigner les particularités de l’environnement que nous connaissons (voir Lettre Neuromonaco 33).

Ensuite, quel que soit son propre niveau d’intelligence, toutes les disciplines exigent maintenant de nombreuses années d’apprentissage pour être maîtrisées à un niveau utile. Si cela est bien perçu pour les sciences "dures" (ex : il faut du temps et des efforts pour bien comprendre la Physique Quantique), il en est de même dans les sciences "molles" (ex : la psychologie est devenue une branche de la biologie). Pour reprendre les questions de Delaigue : dans la jungle professionnelle aussi les connaissances ont de la valeur.

Enfin, les méthodes d’enseignements peuvent bien avoir une forte influence, comme le montrent les études en neurosciences. Si le suivi des types d’apprentissages basés sur la PNL (Programmation Neurolinguistique : visuel, auditif, kinesthésique) n’a pas d’influence (voir par exemple Husman & O’Loughlin, 2018), les désastres des méthodes (semi-)globales d’enseignement de la lecture et les succès de la méthode Montessori suffisent à démontrer l’importance du type d’enseignement. On sait maintenant que les formations par ordinateur ne parviennent pas à remplacer l’expérience humaine avec l’enseignant, et il est fréquent que des grands scientifiques et des grands artistes se souviennent d’un professeur qui les avait fasciné au point de décider de leurs carrières, comme beaucoup d’entre nous se souviennent d’autres qui les avaient dégoûté à vie d’une matière.

Monaco

S’il ne faut pas trop attendre de l’éducation, elle reste primordiale pour aider chacun à s’adapter aux bouleversements majeurs qui s’annoncent. Comme indiqué précédemment, la Principauté a tout intérêt à renforcer son attractivité pour attirer les non-conformes, ceux qui pourront apporter leurs capacités cognitives et créatives, mais elle doit aussi continuer d’investir sur son système éducatif dans le but qu’il soit de plus en plus ouvert, et de moins en moins orienté vers l’imposition de la conformité.

Dans un petit pays comme Monaco, l’individu est plus important qu’ailleurs : lui permettre de devenir un adulte apte à développer ses différences est vital.

Philippe Gouillou

Références :
Campbell-Meiklejohn et al., (2010, DOI : 10.1016/j.cub.2010.04.055)
Charlton (2009, DOI: 10.1016/j.mehy.2009.03.016)
Dehaene-Lambertz et al. (2018, DOI : 10.1371/journal.pbio.2004103)
Dutton et al. (2014, DOI : 10.1016/j.intell.2014.06.006)
Hampson et al. (2018, DOI: 10.1088/1741-2552/aaaed7)
Hecht (2008, DOI : 10.1038/453562a)
Henrich et al. (2010, DOI : 10.1017/S0140525X0999152X)
Hunter & Hunter (1984, DOI : 10.1037/0033-2909.96.1.72)
Husman & O’Loughlin (2018, DOI : 10.1002/ase.1777)
Knoll et al. (2017, DOI : 10.1111/bjop.12214)
Markram et al. (2007, DOI : 10.3389/neuro.01.1.1.006.2007)
Rimfeld et al (2018, DOI : 10.1038/s41562-018-0332-5)
Rindermann & Ceci (2009, DOI : 10.1111/j.1745-6924.2009.01165.x)
Schmidt & Hunter (1998, DOI : 10.1037/0033-2909.124.2.262)
Smith-woolley et al., (2018, DOI: 10.1038/s41539-018-0019-8)
Stoet & Geary (2018, 10.1177/0956797617741719)
Weisberg et al. (2011, DOI : 10.3389/fpsyg.2011.00178)
Zahavi (1975, Pubmed: 1195756)
Delaigue (Classe Eco – France TV Info, 18 février 2018)
Weinersmith (SMBC, 27 février 2016)
Billets Eco : 1 (MBN 45), 5 (MBN 49), 8 (MBN 52), 9 (MBN 53)
Lettres Neuromonaco : 14, 31, 33, 51,104

ENCADRÉS

Le QI (Quotient Intellectuel)

Wikimedia Commons

La définition scientifique de ce que désigne le QI ("Quotient Intellectuel") est généralement très mal comprise. Il correspond à une quantification de l’Intelligence Générale (le "Facteur g"), c’est-à-dire de l’intelligence commune à toutes les capacités cognitives.

De même que sur le grand nombre il y a un lien entre la force du bras droit et celle du gauche, certaines personnes étant globalement plus fortes que d’autres indépendamment de leur entraînement, les chercheurs ont pu montrer qu’il existe un facteur commun à toutes les formes de ce qu’on appelle communément intelligence. L’existence de ce facteur général n’est pas une exclusivité humaine, mais son influence est chez nous particulièrement forte : il explique en moyenne presque la moitié de la variance entre les différentes capacités cognitives humaines (r≈0,7) contre à peine plus de 2% chez le chien (r≈0,15).

Le QI n’est pas une mesure directe de ce facteur général mais une comparaison avec le résultat moyen de la population de référence (au niveau mondial : l’Angleterre). Il peut, chez les enfants, être exprimé en "âge mental" : un enfant de 6 ans ayant le niveau moyen d’un enfant de 9 ans a alors un QI de 9 / 6 x 100 = 150. Il est plus souvent exprimé en rang dans la population, c’est-à-dire en position dans une Loi Normale (la célèbre Courbe en cloche de Gauss). Le résultat obtenu selon cette méthode permet de savoir combien de personnes ont plus, ou moins, que le testé, à l’unique condition de connaître la définition de la Loi Normale, soit sa moyenne (par tradition : 100) et son écart-type (différent selon les tests). Un QI est dit standard quand son écart-type est de 15 : un QI standard de 150 signifie donc que la personne est classée dans les top 0,05% de la population (99,95% ont un QI inférieur).

L’Intelligence Générale présente la particularité d’être très fortement influencée par la génétique. Pour l’instant personne ne sait augmenter éducativement le QI, et les espoirs d’y réussir sont tellement faibles que beaucoup de chercheurs promettent ironiquement le Prix Nobel à qui y parviendrait… En revanche des médicaments (les nootropiques) ont un effet biologique positif sur l’Intelligence Générale, et plusieurs entreprises (dont Neuralink, créée par Elon Musk, le médiatique patron de Tesla) travaillent activement à son augmentation par connexion directe du cerveau avec des ordinateurs ou par stimulation électrique ou magnétique des neurones.

Dans le monde moderne le QI est fortement corrélé positivement avec les critères de réussite sociale (éducation, richesse, …) sauf pour des cas particuliers, dont notamment les Aspies (atteints du Syndrome d’Asperger), alors même que ce syndrome apparaît potentialiser le QI.

Le Syndrome d’Asperger

Décrit en 1943 par le psychiatre autrichien Hans Asperger, et défini cliniquement par Lorna Wing en 1981, le Syndrome d’Asperger est une forme d’autisme de haut niveau sans déficit intellectuel.

Au-delà des difficultés de communication, les "Aspies" montrent notamment des intérêts restreints, qui peuvent aller du suivi des trains ("Trainspotting") … aux Mathématiques avancées. Leur mode de pensée différent leur offre une autre vision du monde : Markram et al. (2007) ont montré que la vie intérieure des autistes est beaucoup plus riche que celle des non-autistes ("Monde Intense"). Aussi beaucoup s’élèvent contre leur classement en tant que malades ou handicapés et préfèrent parler de "neurodiversité" face aux "neurotypiques" (les non-autistes) qui ne bénéficient d’aucun des avantages associés au syndrome.

Les intérêts restreints et la vision du monde plus riche potentialisent en effet le QI et constituent des atouts majeurs dans le domaine scientifique, où les Aspies à Très Haut QI sont très largement sur-représentés, au point que, comme remarqué par Zach Weinersmith, ce ne sont pas les vaccins qui créent l’autisme (comme certains le croient encore à tort), mais bien l’autisme qui crée les vaccins. Ils sont aussi très appréciés dans le monde informatique où de grands acteurs les recherchent spécifiquement. Etant très mauvais en entretien de recrutement (à l’exact opposé des Pervers Narcissiques), ils sont en revanche largement sous-représentés dans les autres secteurs, voire souvent en situation de précarité.

Au niveau de l’évolution de la société, on constate une opposition croissante entre d’un côté les avancées technologiques qui construisent un monde de plus en plus "aspie", et de l’autre la prépondérance toujours plus grande de la communication et de la politique qui excluent les Aspies. Jeff Hecht s’en était amusé dans une courte fiction publiée dans Nature en 2008 en faisant conclure à son personnage principal, une chercheuse aspie s’adressant à son chef neurotypique : "Je ne sais pas comment vous allez survivre quand nos gènes auront disparus."

Sources

Articles scientifiques :

  • Campbell-Meiklejohn, D. K., Bach, D. R., Roepstorff, A., Dolan, R. J., & Frith, C. D. (2010). How the opinion of others affects our valuation of objects. Current biology : CB, 20(13), 1165–70. doi:10.1016/j.cub.2010.04.055

  • Charlton, B. G. (2009). Sex ratios in the most-selective elite US undergraduate colleges and universities are consistent with the hypothesis that modern educational systems increasingly select for conscientious personality compared with intelligence. Medical Hypotheses, 73(2), 127–9. doi:10.1016/j.mehy.2009.03.016

  • Dehaene-Lambertz, G., Monzalvo, K., & Dehaene, S. (2018). The emergence of the visual word form: Longitudinal evolution of category-specific ventral visual areas during reading acquisition. PLOS Biology (Vol. 16). doi:10.1371/journal.pbio.2004103

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  • Zahavi, A. (1975). Mate selection-a selection for a handicap. _Journal of Theoretical Biology_, 53(1), 205–214. Pubmed:1195756

Liens :

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