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“La masculinité consiste à être un homme au sein d’un groupe d’hommes. La masculinité, c’est avant tout ce que les hommes attendent les uns des autres.”
Jack Donovan : The Way of Men (2012)

“Seuls les hommes sont censés voir le monde en termes non sexistes.”
Jack Donovan : No Man’s Land (2011)

La langue française ne nous aide pas à le déterminer, le genre des mots n’y a que peu de rapport avec les sexes : Monaco est une Principauté (féminin), et un Pays (masculin), une Cité, et un État. Elle nous y aide d’autant moins que le français n’offre pas la possibilité de distinguer le masculin : s’il existe des formes féminines des noms et même des accords particuliers (et piégeux), ce qu’on appelle genre masculin n’est que le genre neutre, qui invisibilise les hommes (Evoweb, 2019a).

Pourtant, la distinction par sexe est fondamentale à l’expérience humaine. Le sexe d’une personne est une des toutes premières informations déterminées à la vue d’un visage (Dobs et al., 2019), et même sous anonymat le choix du pseudonyme permet de le distinguer au-delà de la pure chance (Lange et al., 2016), etc. Cette obsession s’explique facilement : l’espèce humaine est sexuée, et la capacité à détecter pour attirer un partenaire de l’autre sexe a été (très) fortement sélectionnée. Or comme l’espèce humaine se caractérise par un Investissement Parental Mâle (IPM) très fort, la compétition sexuelle est très forte chez les deux sexes, et cela se voit : si dans la plupart des espèces la femelle est terne et c’est le mâle qui prend le risque de s’afficher, ce n’est pas le cas chez les humains où les femmes non seulement présentent de fortes variations de forme et de couleur (yeux, cheveux,...) mais cherchent en plus à les accentuer par les vêtements et le maquillage. 

La langue française utilise maintenant même deux mots pour désigner les deux sexes. A l’origine exclusivement restreint au domaine linguistique, le sens du mot “genre” s’est étendu et désigne désormais toute la partie culturelle des différences sexuelles. Cette évolution du langage est attribuée à John Money (1921–2006), celui-là même qui avait détruit la vie (jusqu’aux suicides) des frères Reimer en forçant un garçon à être élevé en tant que fille, après que son pénis ait été brûlé lors de sa circoncision, pour faire croire que la biologie n’a aucune influence (Affaire Joan/John : Gouillou, 2003–2014). 

LES DIFFÉRENCES SEXUELLES

La question des différences sexuelles (les différences moyennes entre les sexes) occupe de nombreuses conversations et débats politiques. Nous avons déjà montré (Billet Eco 24 : “La question de l’identité”) que l’appartenance à un sexe ou l’autre n’est pas une identité, juste une caractéristique. Et si les stéréotypes sont généralement vrais (voir Neuromonaco 32), certains ont été exploités à des fins de manipulation marketing : la femme n’est pas toujours belle, intelligente, douce et aimante, pas plus que l’homme n’est toujours fort, conquérant, mystérieux et solide, chacun dispose heureusement d’une beaucoup plus grande liberté d’être lui-même. Mais les études biologiques ont bien montré des différences moyennes qui ont un effet sur l’anatomie et la psychologie de chacun. Il y a notamment une règle générale qui est que les femmes présentent moins de variations que les hommes (écart-type plus faible). Il faut cependant bien comprendre l’ampleur de ces différences. 

En statistiques, la différence entre deux distributions suivant une Loi Normale ("Courbe en cloche") est mesurée le plus souvent par le “d de Cohen” qui correspond à la différence entre leurs moyennes exprimée en écart-types. Jusqu’à un d de Cohen de 2, l’addition sur un graphique des deux courbes (union des deux populations) ne permet pas de visualiser la différence (Schilling et al., 2002) : la courbe globale conserve une forme de dromadaire (unimodale : 1 bosse), il en faut plus pour voir apparaître une courbe en chameau (bimodale : 2 bosses). Pourtant un tel niveau d’écart est déjà énorme : presque 98% de la première population n’atteint pas le niveau moyen de la seconde. La différence sexuelle de taille est souvent utilisée pour l’illustrer : les femmes sont bien plus petites que les hommes de même âge et même origine, mais aux USA la distribution globale des tailles, les deux sexes confondus, ressemble bien à une courbe en cloche unimodale (id.). C’est à dire que la phrase “Les femmes sont plus petites que les hommes” est vraie parce qu’elle ne nie pas qu’il existe beaucoup de femmes plus grandes que beaucoup d’hommes (voir Base Eco 12). 

La taille n’est pas la seule différence sexuelle connue, il en existe de très nombreuses autres. En règle générale, montrer plus de dimorphisme sur un critère correspondant à son sexe est un critère de beauté valorisé par l’autre sexe, mais pas toujours. Ces critères sont exagérés en marketing pour en faire des déclencheurs (Lettres Neuromonaco 53 et 54) qui provoqueront un effet quasi automatique. Par exemple les modèles femmes de mode montrent des critères sexuels féminins exagérés (ratio taille/hanche (WHR) plus faible, etc.), mais aussi un visage plus masculin au niveau de la mâchoire. 

LES RÔLES DES SEXES

Ce sont surtout les différences psychologiques qui provoquent les passions. Elles apparaissent en effet à la fois fortes, bien expliquées par les contraintes évolutionnistes, et très marquées culturellement. Par exemple, si le d de Cohen pour la différence sexuelle de taille est de 1,7, il est de 2,7 pour les résultats au test de personnalité 16PF de Cattel : il y a moins de 18% de chevauchement et la courbe cumulée est bien bimodale (en forme de chameau). 

De si fortes différences ont bien sûr des conséquences au niveau des sociétés, et cela s’est vérifié tout au long de l’histoire. Aussi, contrairement à ce que la propagande actuelle assène, il existe bien des rôles différents pour les hommes et les femmes. Bien sûr ces rôles sont des abstractions : au niveau individuel chacun, quel que soit son sexe, tiendra un rôle plus ou moins masculin ou plus ou moins féminin en fonction des circonstances. Ici comme ailleurs il ne faut pas confondre description et prescription. Mais sur le grand nombre on constate que ces rôles sont bien globalement suivis : le rôle de l’homme est d’apporter les ressources, celui de la femme de les valoriser.

Ces rôles sont plus ou moins suivis selon les circonstances : tout au long de l’histoire les femmes ont aussi apporté des ressources vitales (que ce soit en participant à la chasse ou en faisant plus de cueillette) et les hommes ont aussi participé à leur valorisation. De plus il y a toujours eu une forte variation au niveau individuel : certains hommes se sentaient plus féminins, certaines femmes plus masculines. Pour le répéter : il ne faut surtout pas transformer ces rôles en des obligations

LE PARADOXE NORVÉGIEN

Mais l’impact global reste majeur : Frost & Sullivan (2020) ont trouvé que si dans le monde les femmes perçoivent 24 000 milliards de dollars... elles en dépensent 43 000. Cela signifie que 44% du pouvoir d’achat des femmes leur est apporté par des hommes, ce qui a un impact profond sur leurs préférences. Par exemple, même si les Occidentales modernes sont beaucoup plus autonomes que leurs ancêtres et les femmes d’autres pays, elles continuent de préférer des hommes de plus haut statut qu’elles (hypergamie) et sont à ce niveau extrêmement sélectives. Or, la discrimination positive à l’entrée des Universités (Williams & Ceci, 2015) et plus généralement la féminisation de l’enseignement (Billet Eco 19) restreignent leurs chances d’en trouver, et aux USA une “pénurie d’hommes épousables — des hommes ayant un emploi stable et un bon revenu” expliquait la chute des mariages dans les années Obama (Lichter et al., 2019Evopsy, 2019c). 

En fait l’égalité entre les hommes et les femmes ne réduit pas les différences sexuelles mais les augmente. Cela a été constaté au niveau individuel, notamment au niveau cognitif (Lippa & al., 2010Evopsy, 2014). Et cela a surtout été constaté au niveau de l’emploi : plus les femmes sont libres de choisir ce qu’elles veulent, plus elles choisissent des métiers dits féminins, c’est ce qu’on appelle le Paradoxe norvégien depuis un excellent reportage d’Harald Eia (2011). Il y a en proportion plus de de femmes informaticiennes en Inde qu’aux USA, et James Damore avait montré en 2017 (Google Memo) que tous les efforts discriminatoires de Google n’avaient que très peu d’impact sur le “gender gap” (et non, il n’avait pas dit que les femmes sont incapables de programmer !). 

MISMATCH

L’évolution des sociétés occidentales vers plus d’égalité entre les sexes ne s’explique pas que par l’amélioration de la qualité de vie permise par le capitalisme. La raison principale en est que le rôle de l’homme est de plus en plus pris en charge par l’État, qui va très au-delà de ses fonctions régaliennes et a organisé le transfert de ressources des hommes vers les femmes.

Cette égalité peut être mesurée au travers du “Basic Index of Gender Equality (BIGI)” (Stoet & Geary, 2019, voir Evopsy, 2019a), une version complétée du “Global Gender Gap Index (GGGI)” du Forum économique mondial (WEF, Forum de Davos). Le BIGI compare les pays pour savoir à quel point les hommes (chiffre positif) ou les femmes (chiffre négatif) s’en sortent mieux, en prenant pour critères équipotents l’éducation, la durée de vie en bonne santé, et la satisfaction de vie globale. En moyenne mondiale, les femmes ne sont que très légèrement favorisées, leur très mauvaise situation sur le critère Éducation compensant presque exactement leurs forts avantages en termes de Durée de vie en bonne santé et de Satisfaction de vie globale. Le BIGI n’a pas été calculé pour Monaco mais la France se situe au 42ème rang (inégalités en faveur des femmes) quand l’Italie est le pays le plus égalitaire de ceux étudiés.

 Seager & Barry, 2019 (voir Evopsy, 2019b) se sont eux intéressés au biais cognitif pro-femmes et anti-hommes (les deux en même temps, c’est pourquoi ils le nomment “Biais Gamma”) et ont proposé une Matrice de distorsion de genre pour l’analyser. Ils remarquent qu’il peut être expliqué par les stéréotypes : les hommes, ayant moins de valeur reproductive que les femmes, sont considérés comme jetables. Ils donnent l’exemple du Titanic : personne n’est surpris que 80% des hommes se soient sacrifiés pour que 75% des femmes survivent au naufrage... 

C’est que les programmes qui nous ont permis de suivre ces rôles au cours de l’histoire sont restés, et sont encore actifs, alors même qu’ils ont perdu une grande part de leur pertinence. C’est le Mismatch“ (”inadéquation“) qui correspond au 5e Principe de la Psychologie Évolutionniste : ”Nos crânes modernes abritent un esprit de l’âge de pierre" (Cosmides & Tooby, 1997). Ce n’est pas seulement que les femmes continuent d’être hypergames, alors que ce n’est plus un besoin vital, c’est aussi que, comme le remarque Jack Donovan (2012, voir Evopsy, 2019d), les hommes doivent se contenter de substituts pour continuer d’être ce qu’ils ont été sélectionnés à être : la masculinité ne peut plus être que simulée (sports, armée,...), vécue par procuration (spectacles,...), ou intellectualisée (politique, business,...), et même aussi canalisée et contrôlée elle est encore fortement dénigrée et combattue. Tout cela alors que le développement des télécommunications, télévision et surtout Internet, a provoqué une très forte intensification de la compétition sexuelle. 

L’AVENIR

Les frustrations qui naissent de ce mismatch ont un impact majeur sur toutes les composantes de nos sociétés (Evoweb, 2016). Elles sont bien sûr exploitées par les marketeurs qui ont tout intérêt à valoriser (manipuler) celles qui ont le pouvoir économique (ce qui explique une grande part du féminisme dit de troisième génération) mais elles provoquent aussi des tensions sociales. Les pays y répondent différemment : quand le “wokisme” a pris le contrôle des universités américaines et commence à s’imposer en France, la Chine a lancé un programme national pour remasculiniser ses garçons. On remarquera que l’approche de la Chine correspond bien à celle d’auteurs (dont Glubb, 1977) qui classent le féminisme dans la dernière phase d’une civilisation avant disparition (Evoweb, 2019b). D’un côté comme de l’autre, le sexe est considéré comme une identité à effets obligatoires. 

Grâce à sa culture spécifique (Billet Eco 3), Monaco semble encore relativement épargné par ces collectivismes. Il n’est qu’à espérer que la Principauté continuera de permettre à chacun de s’épanouir en tant qu’individu quels que soient son sexe, son genre, et son auto-identification : elle ne doit pas se définir sur ces critères. 

Philippe Gouillou

Références : Base Eco 12 ; Billets Eco 3, 19, et 24 ; Damore (2017) ; Dobs et al. (2019, doi : 10.1038/s41467–019–09239–110.1038/s41467–019–09239–1) ; Donovan (2011 ; 2012, ISBN : 978–0985452308) ; Eia (2011) ; Evopsy 2014 (14 juillet 2014), 2016 (8 avril 2016), 2019a (11 janvier 2019), 2019b (25 mars 2019), 2019c (6 septembre 2019), et 2019d (17 novembre 2019) ; Evoweb 2019a (31 mai 2019), et 2019b (27 juillet 2019) ; Frost & Sullivan (2020) ; Glubb (1977) ; Gouillou (2003–2014, ISBN : 978–2801117392) ; Lange et al. (2016, doi : 10.1177/0261927X15587102) ; Lettres Neuromonaco 3253, et 54 ; Lichter et al. (2019, doi : 10.1111/jomf.12603) ; Lippa & al. (2010, doi : doi.org/10.1007/s10508–008–9460–8) ; Schilling et al. (2002, doi : 10.1198/00031300265) ; Seager & Barry (2019, doi : 10.1007/978–3–030–04384–1_5) ; Stoet & Geary (2019, doi : 10.1371/journal.pone.0205349) ; Williams & Ceci (2015, doi : 10.1073/pnas.1418878112)

Sources